Manger du poisson durable avec Greenpeace

En l’espace de 100 ans, les méthodes de pêches ont énormément évoluées. Nous sommes passés d’un pêche artisanale basée sur la cueillette d’espèces situées à proximité de nos côtes à une pêche industrielle organisée autour de grosses flottes qui épuisent les fonds marins. Cette exploitation sans limite de nos océans, et plus généralement de notre planète, a des effets directs et manifestes sur la biodiversité marine. De nombreuses espèces sont éteintes ou en voie d’extinction. Les plus connues sont les baleines et les dauphins, les raies, le requin, le thon rouge, l’espadon, etc. Mais la liste est plus longue. Pour mieux comprendre les causes de la crise des océans et surtout savoir comment en tant que consommateurs nous pouvons agir pour une pêche durable,  j’ai  rencontré Emmanuel Buovolo, chargé de campagne océans chez Greenpeace.

Evaluation Be Lagom de la crise des océans

Approche économique

  • Prix : La diminution du nombre d’espèces marines entraîne une augmentation du prix et de la qualité des poissons pêchés car notre économie est basée sur l’offre et de demande. Comme l’offre diminue (moins de poissons) et la demande s’accroît (augmentation de la population mondiale), le prix du poisson augmente tous les ans un peu plus. D’un point de vue purement économique, nous avons donc tout intérêt à faire pression sur les institutions pour promouvoir une pêche durable.

Empreinte environnementale

  • Surpêche : On parle de surpêche (pêche excessive) lorsque l’augmentation des capacités de capture entraîne une diminution du nombre de prises, voire la disparition plus ou moins locale de certaines espèces, une diminution de la taille moyenne des prises, une diminution du poids moyens des prises, la régression du stock d’individus aptes à se reproduire (sachant que le nombre d’oeufs fécondés et pondus est bien plus élevés chez les poissons ayant atteint leur pleine maturité)*. Les espèces marines sont menacées par la surexploitation et la perte d’habitats. La mortalité accidentelle par la pèche représente une menace croissante qui touche les oiseaux, les mammifères marins, les tortues et d’autres espèces marines. Ainsi, les prises accessoires par la pèche menace 83 espèces d’oiseaux.***
  • Pêche illégale : La pêche illégale est le fléau des océans. Elle laisse des populations sans subsistance et sans revenus indispensables à leur survie, détruisant et désertifiant l’écosystème marin. En 2001, Greenpeace estimait à 1300 au moins le nombre de navires pratiquant la pêche illégale en mer à une échelle industrielle.**
  • Pollution des océans : Les pollutions dues à nos activités achèvent de faire de nos mers et océans une gigantesque poubelle. Il y a bien sûr les pollutions dues au passage des pétroliers et des chimiquiers. Mais 80% des polluants retrouvés dans les mers et les océans proviennent d’activités sur terre. Ce sont les eaux usées domestiques, les plastiques, les rejets industriels, les pesticides et les engrais agricoles, les déchets radioactifs. On trouve ainsi en mer des métaux lourds toxiques comme le mercure ou des « polluants organiques persistants » aussi dangereux que le lindane, le PCB ou le DDT. Notre production de déchets est telle qu’il existe dans le Pacifique Nord une zone plus grande que la France où les déchets tournent en spirale à l’infini. A cela s’ajoutent les pollutions sonores qui menacent gravement les écosystèmes marins.
  • Dégâts environnementaux liés aux méthodes de pêche : Plusieurs techniques existent pour les pêcher : la palangre (une ligne avec des milliers d’hameçons), les filets maillants, les casiers et le chalutage de fond. Mais le plus souvent les pêcheurs ont recours au chalutage de fond. D’énormes filets de forme conique sont tirés sur le plancher océanique et avancent grâce à des rouleaux qui surmontent tous les obstacles. L’ouverture du plus grand de ces filets est aussi large qu’un terrain de football et aussi haute qu’un immeuble de trois étages !Des filets aussi gigantesques ne font pas dans le détail. D’abord, ils ramassent beaucoup plus que nécessaire. C’est ce que l’on appelle les « prises accessoires ». Elles représentent jusqu’à 80% du contenu des filets ! 80% de « déchets » rejetés dans la mer aussitôt pêchés ! On épuise ainsi les stocks de certaines espèces de poissons qui ne sont pas celles qu’on est venu pêcher.En plus de ramasser trop, ces filets détruisent les fonds sous-marins. Tirés sur le sol, ils rasent tout. Ils anéantissent les habitats marins, les récifs d’éponges, les colonies coralliennes qui ont mis des siècles à se développer…

Apports sociaux

  • Pillage des ressources dans les pays en développement : Au même titre que les industries, la pêche est marquée par la mondialisation. Cela se traduit par un pillage des ressources dans les pays en développement par de grandes flottes de bateaux occidentaux. L’ONU estime que la Somalie perd chaque année 300 millions de dollars US au profit des braconniers des mers et la Guinée 100 millions. Globalement, plus de 4 milliards de dollars US sont perdus chaque année**

Bilan, critiques et solutions

Nous avons tous un rôle à jouer dans la préservation des réserves de la mer. C’est évident pour les pêcheurs et les gouvernements. Mais c’est vrai aussi pour les supermarchés, les commerçants et les consommateurs. Nous pouvons agir sur les filières de pêche et décider d’acheter ou non les produits de la mer qu’on nous propose au marché, chez le poissonnier, au supermarché ou au restaurant.

En tant que consommateur, nous pouvons :

  • demander à notre poissonnier plus de précisions sur le poisson qu’on mange : D’où vient-il? Comment a-t-il été pêché? Est-ce une espèce menacée?
  • demander à notre poissonnier s’il met en place une politique d’achat de produits de la mer durable.
  • faire nos courses en utilisant le guide de consommation Greenpeace
  • ne plus consommer de thon rouge, de requin et de poisson de grands fonds (comme le flétan, le grenadier ou l’empereur)
  • éviter les espèces suivantes : bar, cabillaud, carrelet, crevette, églefin, espadon, limande, lotte, merlu, raie, saumon de l’Atlantique, sole, thon, (albacore, germon, obèse), sauf précisions de votre commerçant
  • privilégier les produits issus d’une pêche durable et locale (par exemple: le bar de ligne de la côte française, le thon germon des canneurs et ligneurs du Pays Basque, le cabillaud de la mer d’Iroise des pêcheries normandes et bretonnes)
  • éviter de consommer les poissons pendant leur période de reproduction.

Pour plus d’infos : http://oceans.greenpeace.fr/

*http://fr.wikipedia.org/wiki/Surpêche
**http://oceans.greenpeace.org/fr/nos-oceans/peche-pirate
***http://www.conservation-nature.fr/article2.php?id=110

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