Andines : le juste prix

Comment faire ? Comment faire pour acheter des produits à un juste prix : un juste prix pour le producteur, le transporteur, l’importateur, le distributeur et le consommateur ? Est-ce que le juste prix est le prix que le consommateur est prêt à payer ou bien le prix qui place l’homme au centre des échanges commerciaux c’est-à-dire permettant à ses différents acteurs de subvenir à leurs besoins ? C’est vers la dernière option que va Andines, une coopérative d’importation et/ou d’exportation de produits artisanaux et alimentaires qui pratique l’équité tout au long de la filière. Pour vous, j’ai rencontré sa gérante en la personne de Véronique Lacomme.

Evaluation Be Lagom d’Andines

Approche économique

  • Produits : Andines propose plus de 1500 produits allant de l’alimentation aux produits artisanaux en passant par des vêtements et accessoires.
  • Prix : Andines propose des produits allant de 1 à plus de 200 €
  • Répartition des richesses : Andines pratique une équité tout au long de la filière. Pour cela, elle cherche toujours à trouver le juste prix. Selon Véronique Lacomme, « la notion de prix équitable est abstraite. Il faut trouver un prix où il y a des débouchés sur le marché». Autrement dit, si le prix est trop élevé, il est impossible de faire du volume. S’il est trop bas, les marges dégagées ne permettent de faire vivre les différents acteurs de la filière.

Empreinte écologique

Andines propose des produits respectueux de l’environnement (produits alimentaires bio, vêtements à partir de matières premières bio…)

Apports sociaux

Structure juridique : Tout comme Ethiquable, le bar la vie enchantiée, le café culturel la coopérative, Alternatives Economiques, Andines est un coopérative, une SCOP c’est-à-dire une société non détenue par des personnes extérieures à l’entreprise.

  • Approche filière
Andines a une approche filière du commerce et place l’homme au centre des échanges commerciaux. Elle pratique l’équité au sens large du terme c’est-à-dire à travers des échanges commerciaux avec des producteurs de tous les pays du monde (France et Europe y compris).
Andines est transparent par rapport à la provenance de ses produits. Elle privilégie l’achat local à l’international et bien sûr une répartition équitable des richesses. En témoigne, le documentaire réalisé par Philippe BAQUÉ et Alidou BADINI qui fait une étude comparative entre Andines et l’Occitane qui fabriquent tous deux des cosmétiques à partir de beurre de karité venant du Burkina Faso.

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Andines a fait le choix de ne pas travailler avec Max Havelaar (MH).
Ce choix peut s’expliquer par le fait que :
  • Financé à ses débuts par des églises hollandaises, l’association MH a bénéficié d’un traitement de faveur tout à fait exceptionnelle de la part du pouvoir politique via le Ministère des Affaires Etrangères. En effet, dans le cadre du Fonds de Solidarité Prioritaire destiné à soutenir le développement du commerce équitable, MH a touché plus de 3 millions d’euros sur les 5,6 millions € de l’enveloppe. Autrement dit, MH a été financé par les contribuables*.
  • MH investit énormément dans la communication pour se faire connaître (1,9 millions d’€ sur les 3 millions d’€ reçu par le Ministère des Affaires Etrangères en 2005) au lieu d’investir dans les contrôles des coopératives. En effet, selon Christian Jacquiau, auteur du livre les coulisses du commerce équitable, en 2006, il y avait 50 contrôleurs pour un million de petits producteurs. Faute d’inspecteurs en nombre suffisant, FLO Cert en arrive à ne contrôler que les coopératives faitières c’est-à-dire que les coopératives des coopératives*.
  • MH induit le consommateur en erreur lorsqu’il parle de label. MH n’est pas un label au sens français du terme mais une marque. Selon le journaliste Michel Ebra, l’administration française donne une définition très précise du terme « label », exigeant un cahier des charges, la mise en place de contrôles indépendants et le recours à un organisme de certification lui-même indépendant et agréé par les pouvoirs publique. Dans le cas de FLO CERT, il y a cumul des 2 fonctions : contrôle et certification (MH appartient au groupe FLO international dont FLO CERT fait également partie).* Il n’existe aujourd’hui aucun label qui qualifie une démarche commerciale équitable. Dans l’alimentaire, seul le label AB répond aux exigences de l’administration française.
Andines est membre du réseau Minga. Il réunit plus de 90 entreprises qui militent pour plus d’équité dans les échanges commerciaux. Un cahier des charges a été mis en place par ce réseau.
Depuis 1999, les membres de Minga ont de l’association un espace de réflexion et d’action pour une économie plus solidaire.

Bilan et critiques

Andines est une coopérative d’importation et/ou d’exportation de produits artisanaux et alimentaires qui pratique l’équité tout au long de la filière. En comparaison à MH qui a une approche marketing du commerce équitable, on peut qualifier celle d’Andines d’approche filière car Andines s’investit principalement dans la production et peu dans la communication. Andines ne travaille pas avec « la grande distrib » car selon eux « toute garantie sur une démarche commerce équitable doit porter non seulement sur les conditions de production mais aussi sur l’activité économique, financière, sociale et environnementale de tous les opérateurs d’une filière ». Or, « la grande distrib » est très loin d’être exemplaire (marge arrière, pressurisation des fournisseurs, conditions de travail des caissières…). Je ne souhaite pas jeter la pierre à MH et faire des louanges à Andines même si Andines est bien plus transparent. En effet, pour reprendre les propos de christian Jacquiaux, « en investissant dans la communication, MH a fait beaucoup pour développer la notoriété du commerce équitable. Cette mise en lumière a permis de faire connaître le commerce équitable et de faire avancer le débat sur le caractère équitable du produit tout au long de sa filière ».
De l’ouvrier, au producteur, à la coopérative, à l’importateur, distributeur et commerçant en passant par le transporteur et j’en passe, les produits passent aujourd’hui entre de nombreuses mains. Plus la chaine est longue, plus il semble difficile d’avoir une véritable traçabilité sur ces produits.

Quelle garantie sur le commerce équitable ?

Aujourd’hui, il existe 2 alternatives. D’un côté, la marque MH qui est connu du grand public mais qui présente des limites tant ces contrôles semblent manquer de consistance et d’indépendance. De l’autre, un Système de Garantie d’Amélioration Participatif (SGAP) proposé par le réseau Minga et sa commission « Transparence et garantie ». Il propose un cahier des charges et un contrôle croisé entre les différents acteurs d’un commerce qui place l’homme au centre des échanges commerciaux. Le SGAP a pour objectifs de mettre en place un système d’information (Site Internet) pour exposer de manière claire les informations essentielles sur chacune des filières évaluées. La seule indication d’une référence de produit permettra à tout citoyen de consulter les informations nécessaires. Les limites de cette garantie qu’elle n’est pas connu du grand public et qu’elle n’est pas identifiable rapidement par le consommateur. Alors que choisir ? Personnellement, j’opterai plutôt pour la deuxième option même si un travail important doit être réalisé par le réseau Minga et les partenaires sociaux et les Administrations publiques des pays concernés (par exemple en France : AFNOR, COFRAC, ministère du Commerce, DGCCRF, Conseil de la Concurrence, etc.) afin que le SGAP se fasse connaître.

Pour plus d’infos :

*Les coulisses du commerce équitable : Christian Jacquiau (Edition Mille et une nuit)

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2 comments

  1. […] Droits de l’homme : Quand ils ne sont pas produits localement, les produits vendus sur e-citizen sont marqués fairtrade (marque de commerce équitable) ce qui garantie un salaire supérieur à la moyenne pour certaines étapes de la production. Pour en savoir plus sur le commerce équitable, vous pouvez consulter les articles réalisés sur Alter Eco et Andines. […]

  2. […] Droits de l’homme : Quand ils ne sont pas produits localement, les produits vendus sur e-citizen sont marqués fairtrade (marque de commerce équitable) ce qui garantie un salaire supérieur à la moyenne pour certaines étapes de la production. Pour en savoir plus sur le commerce équitable, vous pouvez consulter les articles réalisés sur Alter Eco et Andines. […]